Y’a t’il un poète dans l’avion ?
Y a-t-il un poète dans l’avion ?
Anecdote de ma vie courante.
La veille de mon départ pour l’Amérique du sud début janvier, je me suis retrouvée bloquée, presque à l’arrêt dans les embouteillages de fin de journée sur un chemin menant au « forum », une zone artisanale près d’un grand centre commercial entre Bayonne et Biarritz. Achats de dernière minute qui précèdent tous les grands départs. Je patientais sereine en écoutant France Inter quand le regard d’une dame également au volant de sa voiture mais se dirigeant en sens inverse croisa le mien. Je me suis demandée si je pouvais l’aider, en avançant, reculant un peu, pour lui céder un passage libérateur lui permettant d’accéder à une voie transversale mais elle continua son chemin. Toujours à l’arrêt, dans mes pensées, je la vis soudain réapparaître quelques instants plus tard tapant dans la vitre de ma camionnette côté conducteur. Ce visage inconnu avait l’air inquiet : peut-être avait-elle remarqué un problème qui m’échappa, une portière mal fermée, un pneu crevé, ou autre… Je suis si distraite en voiture parfois… La vitre à peine entre-ouverte, elle se mit à m’agresser verbalement :
« Vous êtes la chanteuse hein ? C’est à cause de vous, de gens comme vous, votre clique du showbiz, tous ces étrangers qui viennent s’installer ici qu’on ne peut plus circuler. C’est votre faute si on vit mal dans ce pays maintenant… Avant on était bien, maintenant regardez, c’est le bordel, c’est fini le bon temps etc. etc.» Je suis restée stoïque, n’ai pas prononcé un mot, ni même changé d’expression. J’avais du mal à saisir ce qui pouvait susciter en elle autant de haine envers moi, laissant sa voiture porte ouverte sur le chemin pour céder à ce coup de sang. Elle a ressenti le besoin d’exprimer son sentiment à pleine voix et je me suis trouvée sur son chemin je suppose.
« Ainsi qu’il l’avait prévu, l’hostilité ne cessait de croître autour de lui, bien qu’elle ne se développât que petit à petit. Il avait essuyé quelques railleries, sans marquer le coup autrement que par un bref regard, en détournant dignement la tête au passage. Et cette indifférence exaspérait les hommes encore davantage. » (Edouardo Mallea – Chaves-, Buenos Aires 1953)
J’ai l’habitude de recevoir par mail les critiques plus ou moins violentes de personnes anonymes ou non mais en direct comme ça, c’est assez rare. Triste vie des autres parfois…
« Il y a des vies qui sont comme des tunnels sombres et d’autres qui sont comme des étendues découvertes, disait-elle, contemplant en face d’elle la rue et le soir. » (Edouardo Mallea – Chaves-, Buenos Aires 1953)
Nous partîmes le lendemain pour Buenos Aires laissant derrière nous la neige, le froid et la mauvaise humeur du temps.
J’emporte toujours en voyage des livres et en achète aussi sur place. Le poids des mots pose problème mais je ne peux pas me passer de livres… Je voyage si souvent dans les livres, ils voyagent avec moi, ça me semble naturel. La dernière fois que je suis allée en Amérique du sud, j’avais pris deux ou trois dictionnaires. C’était en janvier 2001, j’écrivais encore les textes des chansons de Popeline… Cette année, pas de dictionnaire dans ma valise et pour cause, j’ai mon application Littré et un dictionnaire français-espagnol pour I phone. Pour ce premier séjour en Argentine et mon retour au Chili je me suis entourée de poètes : l’écrivain Argentin Eduardo Mallea, le poète chilien Pablo Neruda et Pierre Loti qui encore aspirant de la marine écrivit : l’Ile de Pâques, journal d’un aspirant de la Flore. L’expédition de 1872 à laquelle il participa avait pour mission de ramener de Rapa Nui une tête de Moai pour le musée du Louvre.
« Je demande les statues dont je n’aperçois pas trace, mais Ataou d’un geste recueilli, m’indique la terre et je regarde à mes pieds. J’étais perché sur le menton d’un de ces colosses, qui, renversé sur le dos, me regardait de bas en haut, avec les deux grands trous qui lui servaient d’yeux. Il était tellement grand et informe que je n’avais pas remarqué sa présence. Cette découverte me fait passer un frisson involontaire, et je saute à côté du dieu, manœuvre étourdie qui me fait tomber à pieds joints sur le dos d’un de ses voisins ; impossible de les éviter, ils sont tous là, couchées pêle-mêle, à moitié brisés… » (Pierre Loti – Journal d’un Aspirant de la Flore - Ile de Pâques -1872)
Cent ans plus tard en 1971 Pablo Neruda se rendit à l’île de Pâques. Cette expérience lui inspira « La rosa separada ». Le livre contient 24 poèmes ayant pour titre en alternance « Los hombres » et « La isla » A ma grande surprise le poète n’y trace pas la silhouette des habitants de l’ile mais celle de ceux qui la visitent. Nous, les touristes.
(je n’ose traduire en français la version anglaise de la version originale de cet extrait….)
« We are the clumsy pedestrians, we push each other with elbows, feet, breeches, suitcases, we get off the train, the jet plane, the ship, we get off with creased suits and sinister hats. We are guilty, we are sinners, we come from stagnant hotels or industrial peace, this might be the last clean shirt, we have lost our tie, but even so, unhinged, solemn, sons of bitches accepted by society, or silent men who owe nothing to nobody, we are the same and the same when facing time, and loneliness : we are the poor devils that earn a living and a death working normally or bureautragically, sitting or packed together in subway stations, in boats, mines, research facilities, jails, universities, breweries, (under our clothes, the same thirsty skins), (the hair, the same hair but varicoloured).” (La Rosa Separada – IV Los Hombres – Pablo Neruda 1971)
Le regard du poète disparu nous laisse une vision éternelle d’un monde que nos yeux pressés ne verra jamais. Il y avait trois poètes dans l’avion.
Itinéraire du voyage : Buenos Aires, Mendoza, Santiago, Casablanca, Rapa Nui (Iles de Paques)….















Pour la dame ce n’est pas très gentil. Mais je sens qu’elle déplore quelque chose de réel mais s’en prend à toi alors que tu n’y es probablement pas plus qu’elle même.
Et c’est qui la fameuse clique ? C’est pas la clique du Plateau Mont-Royal qui est rendue au Pays Basque ? LOL (Les Québécois savent à quoi je fais allusion et aux accusations portées ici).
Et les accusations semblent contradictoires. On ne peut plus circuler ? Est-ce que l’immobilier a grimpé ou baisser dans la région ? C’est sûr que je ne sais pas pour le marché de l’emploi mais autrement si vous êtes retraitée c’est comme à Tremblant ici… Vendez et allez vous installez un peu plus haut moins près de la mer…
Vous installer… Bon mais je ne suis pas au courant de toutes les accusations pour votre région et dont elle te prend pour cible en t’y identifiant….
Moi qui pensais que c’était pour le calme mais tout en étant près de l’activité que tu étais allée t’installer à Anglet.
Pour Biarritz, il y a longtemps que les »People » fréquentent.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Biarritz
En tous les cas c’est une drôle de manière d’exprimer sa frustration, cela ressemble un peu un phénomène de la rage au volant mais ici c’était autrement…
Pour l’embouteillage en tous les cas, cela semble certain… Elle était seule dans sa voiture la dame ?
L’anecdote du début du post n’est pas l’essentiel ici.
L’Ile de Pâques, ça fait rêver !!!!!!
N’est-ce pas là qu’il y a des tortues ??
des tortues, des chevaux sauvages, des ciels magnifiques…
Pablo Neruda
(1904-1973)
Il reste que je ne suis qu’un homme, mais plusieurs vous diront quel homme j’ai été. J’ai toujours lutté pour le peuple et les droits de celui-ci de se gouverner lui-même, j’en ai frôlé la mort plus d’une fois et j’ai même dû me sauver de chez moi pour de longues années. Mais toujours j’ai écrit et aimé la vie. Mon œuvre a fait le tour du monde et je suis devenu un symbole pour une jeunesse pleine de vie. Les élèves aimeront mon Chant général où je tente de faire sentir toute la beauté du monde. J’aime la vie et le monde. J’ai été heureux dans ma lutte incessante. Notez cher lecteur qu’un film fut fait sur mes relations avec un postier lors de mon exil en Italie, un film merveilleux de tendresse mettant en vedette Philippe Noiret: Il Postino
Neruda, Pablo (Neftali Reyes)
Pour en savoir plus :
http://www.pierdelune.com/neruda.htm
Mais attendez un peu… Pour la dame c’est pas le sujet mais, mais, mais… Son accusation mal fondée j’y fais un rapprochement avec la citation parlant des touristes par Neruda plus bas…
Pour mal fondée car j’ai l’impression qu’elle est tout autant une touriste que n’importe quel personnalité du show biz dans votre région…
Non et pour l’Île de Pâques, il y a aussi eu des dégradations causées par l’homme…
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Ele_de_P%C3%A2ques
Oui le poète rend hommage aux beautés mais accuse lui aussi mais la dame plus haut ferait elle aussi parti des accusés…
Nous au Québec nous aimons bien les rebels ou des artistes disant des choses…
Là je pense à Dédé Fortin et les Colocs…
http://www.youtube.com/watch?v=lSvmIPP47WI
C’est le centre commercial qui aurait passé un mauvais quart d’heure et au bulldozer… Et j’ai aussi vu un McDonald sur une de tes photos d’Argentine…
Bon mais moi je lutte pas comme cela mais j’encourage pas non plus plus qu’il faut… Mais on peut rien contre le progrès et parfois la bêtise de l’homme… Parfois on peut dénoncer des choses mais d’autres fois non…
Exact denis ! Oups coquille, l’expédition de Loti, c’était en 1872 et non 1972, j’ai corrigé… vous l’aviez compris j’imagine….
Livres, photos, musique, tout ce que les artistes savent produire et qui nous transporte ailleurs. Tout cela l’a pas de prix et nous permet de sortir au quotidien de notre bulle et de s’échapper pour ne garder que les souvenirs de ce qui est beau et merveilleux.
Combien de fois, coincé dans ma voiture, une petite voix chaude et généreuse a su me transporter du bord de la falaise aux trottoirs du Boulevard St-Laurent en passant par une ville qu’on appelle Bergame ?
Oublions les tristes figures qui ne savent pas que derrière leur bulle d’ignorance, il y a un monde de connaissance et de beauté à partager.
L’île de Pâques -
Journal d’un aspirant de La Flore
par Pierre Loti
« Le 15 mars 1871, le jeune aspirant Julien Viaud embarque à Lorient sur le Vaudreuil, un aviso à hélice, pour un long voyage dans les mers du sud. C’est sa première campagne. Il arrive le 11 octobre à Valparaiso qu’il quitte le 19 décembre sur la frégate à voiles La Flore. Il aborde l’Île de Pâques le 3 janvier suivant pour une escale de quatre jours. C’est là que Julien naît à la littérature écrivant ce Journal d’un aspirant de La Flore accompagné de dessins »
(Christian Pirot)
« Il est, au milieu du Grand Océan, dans une région où l’on ne passe jamais, une île mystérieuse et isolée; aucune autre terre ne gît en son voisinage et, à plus de huit cents lieues de toutes parts, des immensités vides et mouvantes l’environnent. Elle est plantée de hautes statues monstrueuses, œuvres d’on ne sait quelle race aujourd’hui dégénérée ou disparue, et son passé demeure une énigme. J’y ai abordé jadis, dans ma prime jeunesse, sur une frégate à voiles par des journées de grand vent et de nuages obscurs ; il m’en est resté le souvenir d’un pays à moitié fantastique, d’une terre de rêve. »
(Pierre Loti)
http://www.bibliomonde.com/livre/ile-paques-journal-aspirant-de-la-flore-4720.html
Je suis en train de lire la biographie de Jim Morrison,
Jim Morrison nommé le poète était-il un poète, ou ceci fait partie de la légende?
Chose certaine, il était un passionné de lecture et très inspiré par Nietzsche