04 mai 2009

MyMajorCompagny Part 3

suite de MyMajorCompagny part 2

« Lorsqu’on partage un bien matériel, il se divise. Lorsqu’on partage un bien immatériel, il se multiplie. »
— Paul Krugman

Travaux pratiques.

Je décide de m’inscrire en tant qu’artiste candidate sur le site MyMajorCompagny. Dans l’espace réservé à : votre message, j’écris : pourriez-vous s.v.p. me faire parvenir un contrat d’artiste type tel que vous le proposez aux candidats ? (petite curieuse que je suis) Dans l’espace réservé à : lien pour écouter vos titres : je ne mets rien. Je m’attends à ne pas recevoir de réponse compte tenu de ma « demande » un peu brutale en guise d’introduction et du fait que je ne donne accès à aucun fichier audio… Surprise surprise ! Quelques minutes après avoir envoyé mon inscription, je reçois cet e-mail.

« Votre candidature au nom de Popeline en tant qu’artiste sur mymajorcompany.com a été enregistrée.

Merci pour votre participation.

Chers artistes,

Depuis que MyMajorCompany a ouvert ses portes l’adhésion du publique a été fulgurante. Plusieurs centaines de milliers d’euros misés, des milliers de producteurs inscrits et déjà de nombreux artistes produits en à peine un an d’activité. C’est plus encore que ce que nous espérions et vous nous en voyez ravis. »

Ils sont victime du succès de Grégoire. Suite à cette histoire de fée et de comptes créditeurs, des milliers de gens ont massivement et soudainement mis tous leurs espoirs en MyMajorCompany et ils ont envoyé leurs maquettes comme on s’inscrit à la « Star Academy » ou aux casting de la Nouvelle Star, pour tenter sa chance, pour espérer devenir le prochain Grégoire ou le prochain Julien Doré.

« Malheureusement, nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation difficile puisque notre équipe a reçu plus de 10000 candidatures d’artistes pour le site. Notre direction artistique est expérimentée, certes, mais elle ne dispose elle aussi que de 24h par jours et a à sa charge la fabrication de plusieurs albums et la gestion d’une société au quotidien. »

En un an seulement, MyMajorCompany a rejoint les rangs des maisons de disques qui reçoivent trop de maquettes pour en tenir le compte.

« Nous voilà donc confrontés à une situation qui ne correspond plus à la philosophie du site : être obligés de consacrer quelques secondes d’écoute par artiste pour respecter les 30 jours de délais avant réponse. Nous savons l’implication et le temps passé par chacun de vous dans vos maquettes et il nous semble irrespectueux d’avoir à bâcler ces écoutes pour respecter des délais.

Cette situation nous a poussé à prendre deux décisions :

1/ Nous ne nous engagerons plus à donner de réponse sous 30 jours, quand bien même nous continuons à nous engager à écouter chacune de vos candidatures. »

Si l’internaute peut décider de miser sur tel ou tel artiste en ligne sur le site, il intervient apparemment peu dans le choix initial du candidat au système. MyMajorCompany semble décider seule d’ouvrir sa plate-forme aux artistes qu’elle estime susceptibles de convaincre suffisamment pour attirer les mises, un artiste destiné à trouver son public. Comme dans toutes les maisons de disques peut-on ajouter. Sauf qu’une maison de disque classique fabrique le disque avant de solliciter la participation financière des consommateurs. Pour MyMajorCompany : recettes de souscription en amont + recettes commerciales en aval. It’s a win win situation. Un très bon modèle économique.

« 2/ Nous allons recruter des « oreilles » et organiser les écoutes grâce à une évolution majeure du site qui devrait voir le jour dans le premier semestre 2009. Chaque artiste aura alors sa chance. Chaque internaute pourra jouer pleinement son rôle de dénicheur de talent. »

« Des oreilles ? » Mon Å“il ! Plus il y aura d’artistes sur le site, plus augmentera la somme des mises des internautes, des fans, des amis, des membres de la famille de l’artiste, des cracs qui pensent avoir du nez et préfèrent cette loterie à une autre, ou de véritables producteurs professionnels… et sans obligation de produire avant d’atteinte l’objectif de 70 000€ on peut donner effectivement sa chance à tout le monde tout en équilibrant sa trésorerie. A leur place, je mettrai toutes les maquettes présentées en ligne puisque c’est moins compliqué et moins « time consuming » que de toutes les écouter et je laisserais tourner les compteurs. Le modèle économique de rêve. On touche d’abord on investit ensuite. J’ai surtout connu le contraire. Les finances et moi…

« Nous comprenons la frustration de certains… »

Merci c’est sympa !

« …pressés de rejoindre notre système et nous en appelons à votre patience et votre compréhension. Nous préférons nous montrer honnêtes face à ce qui peut apparaître comme un défaut d’anticipation et préférons prendre le temps de bien faire les choses plutôt que de bâcler notre promesse pour obtenir une paix virtuelle.

Sincèrement

La direction de MyMajorCompany »

Le succès de Grégoire était le joker indispensable à la réussite du modèle économique développé par MyMajorCompagny et en se développant (prise de participation de gros partenaires, recettes publicitaires, deal avec une major, succès populaire dû au phénomène Grégoire, mondialisation du modèle) elle pourrait finir par se transformer en un Myspace ou un Youtube où les votes seraient payants et le rêve abouti d’une belle carrière coiffée de bénéfices sera réservé aux happy few. Comme de tout temps et tout partout. Grégoire est-il un jeune artiste de talent arrivé par chance ou hasard au sommet grâce au concept de MyMajorCompany ou son ascension était-elle l’atout majeur d’un modèle économique bien conçu et qui aujourd’hui ne dépend plus du succès de Grégoire. La fulgurance et l’ampleur de cette réussite les a peut-être tous pris de court mais l’élan qu’elle a suscité les portera encore un bout de chemin. Pour ce qui est de la carrière de Grégoire, outre son talent, passé la période de grâce du public et des médias, elle dépendra désormais de l’intérêt que lui portera SaMajorCompany puisqu’une major semble maintenant détenir la licence de ses albums. Comme ça se passe toujours dans toutes les maisons de disques.

MyMajorCompagny affirme mieux rémunérer les artistes et ses supporters. La loi Hadopi se veut elle aussi gardienne des droits des créateurs. Ceux qui s’opposent à cette loi déclarent être du côté de la création. Les majors disent investir leur bénéfices dans des projets ambitieux et en développement. Les indépendants se déclarent les garants de la culture qui ne compte pas pour des pommes … Assez ! Assez ! Barbe à papa ! Tous les discours revendiquent au fond la même indiscutable volonté de mettre au centre des préoccupations de tous : l’artiste, son oeuvre et ses droits. Dans la réalité, le centre du système, l’axe autour duquel tourne toute l’industrie, c’est tout de même le business. N’est-ce pas vrai pour toutes les industries ? L’argent se trouve au centre de l’action pas l’artiste même s’il est au départ (centre) de l’oeuvre. Et ce centre, je le plante au beau milieu d’un océan d’artistes … des artistes en herbes, en toc, en nage, de platine, de génie, du moment, inclassables, improbables, incontournables, amateurs, pro… Des artistes de tous bords, borderline, sur la crête, en pleine vague, au top, à la marge, éternels, vivants ou morts… La moindre ouverture, la plus petite opportunité de faire entendre sa chose et de prendre trois sous au passage attire des flots de refrains toxiques et de couplets colorés, des montagnes de chants oubliés et d’airs qui se veulent nouveaux. Les business modèles peuvent se multiplier, se métamorphoser, s’adapter à l’infini, les affaires sont les affaires d’un monde restreint et l’équilibre entre l’immense majorité des créations sans grand intérêt financier et les quelques unes qui font mouche sera toujours le même. Ce qui a changé depuis la révolution numérique ? Je me permets de laisser Paul Kurgman répondre à cette question.

« Lorsqu’on partage un bien matériel, il se divise. Lorsqu’on partage un bien immatériel, il se multiplie. »

« Octet après octet, tout ce qui peut-être numérisé sera numérisé, rendant la propriété intellectuelle toujours plus facile à copier et toujours plus difficile à vendre plus cher qu’un prix nominal. Et nous devrons trouver les modèles économiques et les modèles d’affaires qui prennent cette réalité en compte »
— Paul Krugman


On peut ajouter que le nombre d’acteurs (musique et vidéo) se multiplie lui aussi. Le clip de ma tante Alice et le dernier BlockbusterHitMeMusic se côtoient sur la toile. Professionnels et amateurs s’exposent avec les mêmes outils au même potentiel de SpecAuditeurs.

Bon. Ce modèle n’est pas pour moi, je le savais depuis le départ, j’avais juste envie de me mettre dans la peau de l’artiste débutant qu’on a tous été au début. Débordante d’énergie, peur de rien, intérieurement en confiance parce que c’est exactement comme ça que je me sens aujourd’hui. Sinon, chapeau les mecs. MyMajorCompagny pourquoi pas ? Au moins vous tentez quelque chose.

L’argent est peut-être au centre du système mais il n’est pas le centre d’intérêt de tous. L’art est la métamorphose du monde par les uns pour le bonheur des autres.

That’s Show Biz – Dale Wright – Extrait de l’album Madness Invasion – (enregistrement de1959 ?)

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Je m’en retourne la guitare entre les jambes comme une candidate ayant raté son casting et vais sur…. le net.

Recherche Google : Major Compagny, Labels, maisons de disques… Un jeu d’enfant.

Fin de l’épisode 1

A suivre ….D.T.

MyMajorCompagny Part 1

MyMajorCompagny Part 2

03 mai 2009

MyMajorCompagny Part 2

suite de MyMajorCompagny Part 1

« Grégoire, que l’on peut entendre partout sur les ondes, s’est (en une semaine) directement placé en deuxième position des meilleures ventes d’album, et premier sur les plateformes de téléchargement légal et en moins d’un an, Grégoire est disque de platine avec 240 000 albums vendus. » Une major l’a signé, c’est dans toutes les gazettes.

Ailleurs sur le site on peut lire :

« Les trois objectifs de MyMajor Compagny :
Faire découvrir aux internautes une musique de qualité. MyMajorCompany veut réunir le meilleur des artistes non-signés et permettre au public de profiter de leur travail. »

Génial !


« Accorder une place beaucoup plus importante à la rémunération des artistes. Dans des contrats classiques, un artiste en développement voit sa rémunération osciller entre 10% et 15% de chaque vente. Notre modèle économique offre aux artistes une rémunération de 20% sur le revenu des ventes physiques et numériques ! »

Parlons contrat 3 minutes…. Prenons le cas précis d’un album en licence. Une maison de disques classique propose aujourd’hui aux producteurs indépendants des taux de rémunération qui avoisinent les 20% (avec plus ou moins d’abattements) du PGHT d’un CD et non 20% des recettes nettes. L’artiste est rémunéré sur la part du producteur et touche en moyenne la moitié du taux « producteur » dès le premier exemplaire vendu. C.a.d. l’artiste ne participe pas aux frais de production. En principe. (Chiffres cités à titre indicatif et pour exemple). Voilà « comment ça marche » traditionnellement et en schématisant. Dans le cas des ventes physiques, MyMajorCompagny signe un contrat de licence avec une major comme le ferait n’importe quel producteur indépendant, à des taux peut-être supérieurs à ce qu’aurait obtenu un petit acteur, 24-25% du prix de gros par exemple, puis reverse la moitié des recettes aux artistes producteurs. Faites le compte. MyMajorCompagny devient un intermédiaire prenant 50% au passage du taux négocié à 24%. Pour les ventes physiques, le deal ne semble pas si avantageux.

Pour les ventes numériques, un producteur peut obtenir assez facilement d’une maison de disques traditionnelle un partage 50/50 des recettes en provenance du marché numérique (entre le producteur/artiste et le label). MyMajorCompany propose elle aussi de verser 50% des recettes mais avec un partage différent : 30% aux internautes producteurs et 20% aux artistes. L’idée suggérée par le site que ce modèle permet une meilleure rémunération des artistes et des producteurs me semble ébranlée par ma petite démonstration. Désolée les gars. Mais restons penché du côté positif du modèle et des avantages qu’il présente.

« Impliquer les consommateurs dans la sélection et dans la réussite des artistes. Dans MyMajorCompany, les internautes deviennent Producteurs. En décidant de miser sur leurs artistes favoris, ils sélectionnent ceux qui verront leurs albums produits, distribués et médiatisés. Ils participent en plus aux décisions stratégiques de leur développement et gagnent de l’argent sur les ventes des artistes qu’ils soutiennent. »

Les votes payants existent depuis longtemps à la télévision et sur le world wide web. Les votes payants qui peuvent rapporter de l’argent se font plus rares même sur le net. Voilà pourquoi on parle ici de mise et non de vote. Vous misez sur le succès d’un artiste comme vous le feriez sur la réussite d’un cheval au tiercé. Miser 10€ sur un artiste ne vous fera pas gagner de quoi acheter deux CD même si vous avez parié sur Grégoire. Dans ce cas précis, en principe vous avez triplé votre mise au minimum à vue de nez.

« A ce jour ils ont levé 850 000 euros auprès des internautes (pas mal) » Selon les gazettes et 36032 producteurs sont inscrits d’après le site. 13 artistes ont été produits à ce jour. 13 fois 70 000 € de budget annoncé font 910 000 € de frais de production au total.  Bon ça s’équilibre à peu près entre les dépenses et l’apport des producteurs « miseurs ». Ah oui, il faut ajouter à ces sommes les recettes des ventes commerciales physiques et numériques, les recettes publicitaires du site, les accords généraux avec les majors et autres partenaires, les droits secondaires, dérivés, voisins…

Les 3 tops producteurs cités sur le site représentent à eux trois environ 44 000 € de mises. Suit une longue liste de producteurs qui ont investi entre 1000€ et 5000€. En bout de course, les petits petits producteurs… Impossible de connaître le nombre d’artistes inscrits. Les 13 signatures sont mises en avant sur le site, les autres artistes semblent plus difficilement accessibles.

Bon. J’ai compris le modèle. Je vais tenter de m’inscrire en tant qu’artiste.

à suivre…

D.T.

MyMajorCompagny Part 1

MyMajorCompagny Part 3

02 mai 2009

MyMajorCompagny Part 1

MyMajorCompagny

Ce concept m’intéresse, ça m’a tout l’air génial. C’est un label qui propose aux internautes de s’investir dans la production de nouveaux artistes. Ah bon ? Tu ne vois pas ? Attends. Suis-moi. Allons sur Google et voilà en un clic on y est… la phrase qui apparaît pour décrire le site MyMajorCompagny :

« MyMajorCompany – Devenez Producteur de Musique
Avec My Major Company, le premier label musical participatif, devenez producteur des artistes de demain. »

OK chouette ! Ce modèle économique m’intéresse en tant que producteur et artiste indépendant. Je click sur l’adresse et….

« Sur MyMajorCompany, vous découvrez des artistes de qualité dont vous pouvez devenir les producteurs. »

Super, je corresponds aux deux principaux profiles de la cible (artiste et producteur). Alors….

« COMMENT CA MARCHE ? »

Bah oui quoi, avant de miser sur un artiste ou de soumettre des maquettes, je veux comprendre : comment ça marche ? Sinon, autant mettre 15€ sur un CD de mon choix !

« Créez votre profil sur le site et misez sur vos artistes favoris. »
J’ai essayé… Impossible de finaliser le log-in … pas grave, on verra ça plus tard. Continuons de nous instruire faute de pouvoir s’inscrire.

« Faites grandir la communauté de fans autour d’eux grâce aux outils de l’internet participatif. Quand votre artiste aura réuni suffisamment de producteurs pour récolter 70.000 euros, il aura la chance d’enregistrer son album, de réaliser son premier clip avec des professionnels de la musique et de voir sa carrière se lancer. »

Wow ! 70 000€ est un budget conséquent de nos jours. Surtout pour un artiste en développement. Je suis de plus en plus curieuse. Même une major propose rarement des budgets de production aussi élevés en avance pour la réalisation d’un album en France aujourd’hui.

« Vous deviendrez alors les premiers ambassadeurs de votre artiste et vous participerez à une aventure dont tout le monde rêve : Tous les producteurs d’un artiste se répartissent 30% de l’argent récolté sur les ventes physiques et digitales. »

« Une aventure dont tout le monde rêve » mais dans un monde où de moins en moins de personnes, même en rêve, souhaitent payer pour écouter ou acquérir des morceaux de musique enregistrés et disponibles à la vente (selon la police). Et voici que s’installe solidement en un an seulement un modèle économique qui réussit à récolter des « mises » pour des titres qui ne sont pas encore produits par des artistes encore inconnus ! Le modèle élaboré par MyMajorCompany d’un tout nouveau genre, a réussi avec l’artiste Grégoire, à conquérir un marché fragilisé, boiteux, en transition bancale entre deux mondes, l’un physique et vieillissant et l’autre, dématérialisé, volatile et à taux variables.

à suivre…. D.T.

MyMajorCompagny Part 2

MyMajorCompagny Part 3