21 février 2012

Concert à L’astral – Montréal en lumière – Les critiques du 21 février 2012

Photo: André Pichette, La Presse

Montréal en lumière – Diane Tell à l’Astral – le 20 février 2012 - Critiques du concert dans Le Devoir, Le Journal de Montréal et La Presse

Diane Tell à Montréal en lumière

Née Fortin, une deuxième fois

Sylvain Cormier 21 février 2012 Musique

La dernière fois, aux Francos en juin 2010, c’était les retrouvailles. Faire à nouveau connaissance, littéralement. Diane Tell y donnait, pour l’essentiel, son album de standards de jazz tels que rimés par Boris Vian (Docteur Boris et Mister Vian, paru l’année d’avant): son répertoire à elle y avait la part congrue, comme si la chanteuse en était encore là-bas, comme si elle nous chantait en direct de son Biarritz d’adoption. On était bien content de la retrouver quand même. Et réciproquement, cela se sentait.

Hier soir à L’Astral, c’était pour la resplendissante Diane l’étape suivante: une sorte de deuxième naissance locale. Née Fortin, une deuxième fois. Avec l’accent de la fille de Val-d’Or retrouvé. L’auteure-compositrice québécoise pionnière des années 70 avait franchi, plus que l’océan, une sorte de Rubicon: la distance qui l’éloignait d’elle-même et de nous.

Entourée d’une nouvelle équipe de musiciens d’ici, dont l’inestimable Benoît Sarrazin au piano et tout un tas de guitaristes d’allégeance folk-rock éminemment nord-américaine, elle semblait vouloir embrasser tout le continent. Il en était magnifié, ce nouvel album — Rideaux ouverts —qu’elle proposait intégralement en deuxième partie, gagnant en vigueur et en saveur, trouvant sa vérité dans l’instrumentation tout en pickings et strummings heureux. Il y avait des Byrds et du Tom Petty et du T-Bone Burnett dans ce jingle jangle d’électriques et d’acoustiques.

Bien plus que les versions du disque, on avait envie de décerner un certificat d’authenticité à ces moutures mieux nourries des J’te laisse un mot, Attends, Sur ta plage, chansons nées de la rencontre aux fêtes du 75e de Val-d’Or avec un autre Fortin de sa région d’origine, ce Serge frère d’esprit. Bien plus que dans le souvenir qu’on en avait, les belles d’hier et d’avant-hier avaient de la dimension, des racines. Quelle bonne idée c’était de les aligner en première partie, ces chansons si familières, Savoir, Gilberto, Faire à nouveau connaissance, Si j’étais un homme, que la cuisson sur bois de guitare révélait à l’oreille enfin décrassée des milliers de diffusions à la radio FM: c’était comme si j’entendais pour la première fois La Légende de Jimmy, libérée de sa gangue synthétique.

C’était bon de voir Diane Tell ravie comme une petite fille, tellement contente de chanter pour L’Astral plein, en jouissive complicité avec les siens, éternelle gamine sous le béret. Puisse-t-elle, ai-je pensé en chemin vers Le Devoir, ne plus jamais nous quitter longtemps et enregistrer d’autres albums plus nord-américains encore. Nous la voulons ainsi, nôtre et fière de l’être.

Diane Tell en deux temps

Marc-André Lemieux – lundi 20 février 2012

Devant un public captif, la chanteuse a revisité ses classiques avant de proposer ses nouvelles compositions

Diane Tell s’est payé la traite pour sa grande rentrée montréalaise : une dizaine de musiciens l’accompagnaient sur la petite scène de l’Astral.

On s’attendait à en avoir que pour ses vieux tubes. On faisait fausse route. Les nouvelles chansons de Diane tell s’avèrent tout aussi convaincantes que ses anciennes.

C’est un spectacle en deux parties que Diane Tell nous a présenté hier à l’Astral : une première axée sur ses anciens tubes et une seconde consacrée aux titres de son dernier album, Rideaux ouverts. Force est d’admettre qu’il s’agit d’une formule plutôt inusitée pour une artiste de sa trempe. Habituellement, les vétérans de la chanson préfèrent répartir leurs vieux tubes également sur toute la durée de leurs prestations, histoire de mieux nous faire digérer leurs nouvelles compositions.

 

© Tzara Maud / Le Journal de Montréal

Crescendo acoustique

Placée sous le signe de la simplicité, la première moitié du concert a rapidement pris des airs de crescendo.

Diane Tell a entamé le concert tout en douceur avec le joli Gilberto. Assise sur un tabouret au milieu de la scène, la chanteuse a gratté sa guitare sur ce vieux tube de 1979.

Après un long aparté durant lequel elle a notamment ri de son accent mi-français, mi-québécois qui a provoqué l’ire de la presse dans les années 1980, la musicienne a poursuivi avec J’suis mordue, un morceau inédit de Boris Vian sur une musique de Duke Ellington.

Épaulée par le contrebassiste Fred Beauséjour pour Rue d’la flemme, Diane Tell a enchaîné avec Je pense à toi comme je t’aime pendant que d’autres complices faisaient leur apparition.

Le spectacle a véritablement pris son envol avec Faire à nouveau connaissance, marquée par l’entrée en scène du claviériste François Therrien et des choristes Josée Lefebvre et Catherine Léveillé.

La chanteuse a maintenu le cap avec la jolie Savoir et l’incontournable Si j’étais un homme, introduite par le pianiste Benoît Sarrazin et saupoudrée d’accordéon. Parmi les moments forts de cette portion acoustique, signalons le trop court passage d’Anodajay. Le rappeur québécois s’est emparé du micro pour une langoureuse Cinémas-bars, avant que son hôte verse dans la surenchère avec une version jazzy du même titre.

Électrique

Diane Tell n’a pas lésiné sur les efforts – et les moyens – pour nous faire apprécier les dix pièces de Rideaux ouverts, offertes les unes à la suite des autres au retour de l’entracte. Entourée de neuf musiciens, dont Serge Fortin, qui a coécrit et coréalisé l’opus avec elle, l’étoile a sonné la charge avec En pointillé et Attends dans une facture électrique.

Outre un petit accro sur J’te laisse un mot (que le groupe a dû reprendre après quelques mesures), cette deuxième partie s’est déroulée rondement, grâce à une série de chansons aux accents country qui ont transformé l’Astral en véritable saloon (l’irrésistible Il m’chatouille les papilles). Certes, Diane Tell a oublié les paroles de quelques titres, mais ça n’a pas gâché notre plaisir.

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L’événement Montréal en lumière se poursuit jusqu’à dimanche.

Diane Tell participera au spectacle de clôture de Montréal en lumière, une soirée hommage à Jacques Brel intitulée Ne me quitte pas. Luc De Larochellière, Bïa et Marc Hervieux, Pierre Lapointe, Marie-Élaine Thibert, Paul Piché et Pierre Flynn seront aussi de la partie, le 26 février à 14 h et 20 h.

Alain Brunet – 21 février 2012

Diane Tell ouvre ses rideaux

Hier soir, Diane Tell a fait preuve d’audace en choisissant de bouleverser la stratégie habituelle, c’est-à-dire attaquer la matière d’un nouvel album au début d’un spectacle que l’on conclut généralement par des valeurs sûres.

Ainsi, la première tranche de son nouveau spectacle a été réservée à ses tubes et classiques. D’abord Gilberto, seule à la guitare à cordes de nylon, l’organe vocal en voie d’échauffement. L’accent, lui, avait retrouvé quelques couleurs d’Amérique, a-t-elle fait remarquer avec l’approbation de son public venu remplir L’Astral. Elle a enchaîné avec une chanson interprétée en solo, J’suis mordue de Boris Vian sur une musique de Duke Ellington. Frédéric Beauséjour s’est ensuite joint à elle avec sa contrebasse, on s’est retrouvé Rue d’la flemme.

LG Breton (guitares) et Maxime Lalane (batterie) ont transformé le duo en quartette, c’était Je pense à toi comme je t’aime en mode acoustique. Et c’était idem pour Faire à nouveau connaissance, avec quelques compléments vocaux et synthétiques. On s’est alors mis à taper des mains, on était en terrain vachement connu. Pour l’incontournable Savoir, la formation était presque complète: six accompagnateurs dont le guitariste soliste Bob Champoux, musicien dont on a deviné l’allégeance country-rock. Benoît Sarasin se joindra aux claviers pour la fameuse ballade Si j’étais un homme, le tout coiffé par l’accordéon de François Therrien.

On devinait alors que Diane Tell avait encouragé ses musiciens à ajouter leur touche à chaque interprétation – en bon français, à «jammer les tounes». Même constat de groove pop folk avec une presque bucolique Légende de Jimmy. Pour conclure la première partie, Anodajay, rappeur d’Abitibi comme on le sait, est venu présenter une version hip-hop jazz des Cinéma Bars, l’une des plus anciennes du répertoire de Mme Tell, que cette dernière a reprise en «version fille».

Au retour de la pause, la chanteuse et son band québécois ont pris du muscle, du voltage et du volume. Les guitares acoustiques ont été troquées pour les électriques, le rythme s’est montré plus costaud, les voix plus amplifiées. Rideaux ouverts, album de Diane Tell écrit (majoritairement) de concert avec le confrère abitibien Serge Fortin (qui officiait aussi aux claviers, guitares et choeurs), a été joué dans son intégralité. Le tout coiffé par des rappels classiques et un ultime rap d’Anodajay: Je suis en amour, On a beau, Souvent longtemps énormément… Malgré ce côté bonne franquette, malgré le manque de peaufinage et les erreurs techniques que révèlent les débuts de cycle, ce nouveau contenu a passé la rampe.

La fenêtre de Diane Tell, expatriée depuis de nombreuses années, reste bien ouverte sur son public d’Amérique.

Musiciens :

Piano : Benoît Sarrasin

Guitares : LG Breton

Basse et contrebasse : Fred Beauséjour

Batterie et percussions : Maxime Lalanne

Guitares : Bob Champoux

Chœurs : Josée Lefebvre

Chœurs : Catherine Léveillé

Claviers, clarinette, accordéon : François Therrien

Voix guitares : Serge Fortin

La chanteuse guitariste : Diane Tell

Équipe technique

Lumières : Guy Chevrier

Son : Dan Meier

Directeur technique : Mathieu Pontbriand

Invité

Anodajay

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