Petit jeu littéraire (troisième extrait)-texte de Mireille Havet
L’aventure !
Hélas, il n’y a rien, mon cœur tourne à vide.
J’ai beau me promener, dans la nuit et le jour, c’est le même ennui, la même peine. En quête d’amour, je l’avoue bien maintenant.
Paris qu’illuminent les visites présidentielles, où l’armistice suspend l’ordre de la réjouissance, aussi tragique pour ceux qui souffrent qu’une guerre éternelle. Car au moins la guerre permettait les larmes, et les respectait. Mais sur la foire, sur le tremplin de la victoire parisienne, il n’y a place que pour la noce et la ripaille.
J’ai bien essayé de m’amuser avec ceux-là qui détiennent les secrets de la fête, mais je n’ai trouvé qu’une série de femmes vulgaires et bêtes dansant au bras d’une série de rastaquouères civils ou militaires, ils se valent bien. Un phonographe nasillait des tangos plus périmés que la paix elle-même, et les dandinements compassés et austères de ces couples me donnaient envie de pleurer, de fuir à la campagne, de mordre dans la terre comme une vieille bête !
Je n’aime donc rien de ce qui réjouit les autres. Car le cinéma ne me séduit que par son obscurité et l’invite au voyage qu’offre l’écran entre les fils d’une absurde intrigue.
L’amertume de tout me monte aux lèvres. Mon égoïsme même me défend mal de la tristesse et de la gêne que me donnent l’insatiable misère et petitesse humaines.
Quoi ? Il n’y a jamais rien : quelques noms, quelques mamies, et des individus qui n’en sont pas et me rappellent assez ces pièces de charcuterie montée, où le veau, le porc, l’ail et le pâté de foie alternent leurs arômes, sans jamais faire une bête.
Mais je crois que le mal de la critique est en moi. Infernale épine dont la douleur continuelle me fait découvrir la tare de chacun, le défaut propre qui empoisonne la joie entière. Je ne peux plus être heureuse en paix et sincérité à moins d’étourdir la vie profonde, de blinder la vie profonde avec des calembours, des moqueries, de l’éloquence !
Quel ennui ! mon Dieu, quel ennui que cette terre, cette France, ce Paris vicié et claudiquant où tout le monde triche.
Je voudrais le franc jeu. Je voudrais des amis, pas des relations, pas des liaisons, des amis. Cette chose introuvable, digne des anges, sans doute.
Alors, affolée de solitude et de nombre, de sympathie et d’indifférence, je tâche de transformer les choses, de faire naître des aventures.
Je deviens mon barnum.














