Petit jeu littéraire (deuxième extrait)-texte de Mireille Havet
Paris éclairé. Rue de la Paix lumineuse où Flamboient les soyeux et richissimes drapeaux de Cartier. Vie qui se relève et reprend sur tant d’ombre, résurrection dans la lumière.
Ce fut une belle journée d’hiver froide et rousse comme une nèfle perdue dans le givre des prés, et le Bois que notre fine voiture a parcouru dans le hautain sourire des avenues m’en a montré toute la noblesse de cristal.
Nous étions là, cinq fous de 18 à 22 ans, cinq fous échappés plus ou moins entiers à la guerre, afin de reprendre cette bête d’existence et de la perpétuer encore un peu – et va toujours ! – encore un peu durant nos vies oisives et criardes d’enfants têtus.
Olivier aux épaules bleu de ciel entourées de fourragères. Tania Stall jolie et distinguée comme une jeune fille de grande maison qu’elle est. Mima en grande tenue d’infirmière et sa bonne figure tannée par le vent, par l’espace, par la guerre. Et Sacha, enfin, beau comme un ange… sur trois jambes dont deux, hélas, sont en bois.
Une jolie voiturée en somme, et qui ne fit guère attention à la nuance ardoisée et rosissante comme une braise qui décline, du grand bois de Boulogne. Mais moi, triste encore et toute ahurie de ces morts et ces vies mêlées ensemble comme une cruelle arabesque, j’ai tout vu, la cendre des sentiers, la belle tristesse mourante des arbres où se reposent encore quelques feuilles, oiseaux d’or changeants, oiseaux d’or immobiles et dont l’unique vol est une chute balancée vers la terre.
Au retour, l’avenue du Bois, l’Arc de Triomphe sous une lune aux trois quarts pleine dans le crépuscule, puis la place Vendôme et son air véritablement royal. Puis le Ritz que, dans mon ignorance, j’avais toujours pris pour un endroit très gai, mais qui est en réalité bien moins sympathique que le Meurice et le Crillon Des tables en file comme dans une église protestante, un mauvais éclairage trop haut et des femmes pas jolies…..
Porto-flip et cigarette.
Et tout ce joli monde ressortait ce soir …. Nous avons tous repris nos autos réciproques, dans un brouhaha de fourrures, de bijoux et de poignées de mains. Et celle d’Olivier m’a raccompagnée jusque chez moi. J’ai senti alors avec véhémence l’urgence de posséder une voiture, et d’être riche et habillée très bien, car autrement, puisqu’on nous tue nos amis, comment vivre si ce n’est pour le simple plaisir d’être une femme jolie et luxueuse ?
Dieu fasse qu’une imbécile honnêteté native ne me fasse pas reculer devant la seule façon dont une femme puisse vaincre la rudesse de la vie. J’ai l’intention de proposer à Olivier dès son retour une mise en concubinage rapide à la condition qu’il m’entretienne très bien. Et pourquoi pas ? … Il sera le premier, ce n’est pas un vilain but ! J’aimerais mieux, la Princesse Murat ou quelque autre, mais les femmes paient moins bien, sans doute.
Et cependant, dirais-je avec quelle joie paisible et délicieuse je retrouve la simplicité de ma petite maison, toute béante sur le ciel et le feuillage, et ce feu rose devant lequel, un chat sur l’épaule, j’écris tant de bêtises en cherchant mon âme.















C’est très vrai que c’est bien écrit. Pour la photo et la Seine… Comment se nomme ce pont ? Et puis les gens pourraient alors trouver son historique…
Oui délicieusement bien écrit on se laisse dériver avec plaisir dans cet extrait ! Le pont neuf Denis.
Merci Isabelle.