Petit jeu littéraire (cinquième extrait et solution)
L’autre soir, ayant relu les carnets de notes de ces trois dernières années, j’écrivis ceci :
Quand on résume les détails d’une vie, ce n’est rien ! Aucun fait ne semble comporter la valeur et la gravité qu’y attache la mémoire. Il ne semble même pas que d’aussi petites et banales combinaisons puissent engendrer un bonheur ou un désespoir. Le travail seul compte et les œuvres laissées. Cependant, que de choses semblent passer avant dans la vie journalière ! Quelle leçon qu’un petit carnet tenu rapidement chaque jour, avec les rendez-vous, les thés, les spectacles qui occupent une semaine et vous font croire à leur importance. Hélas ! tout se passe dans l’âme, le drame et l’aventure ne se déroulent qu’intérieurement dans l’âme, et la vie n’est rien qu’un jeu enfantin d’une puérilité déconcertante.
L’amour lui-même n’y apporte aucune note lumineuse, ne tenant lui-même que dans les jours de la semaine qui restent éternellement des lundis, des jeudis, des dimanches, que dans les heures de la journée, soumis à des retards de pendules, à des repas, à des affaires comme le reste. La poésie, l’angoisse, les regrets infinis de ce que l’on avait cru un rêve exaucé ne sortent pas de l’âme, du cerveau, et n’entrent en rien dans le domaine visible de la vie. Voilà pourquoi les aventures et les passions des autres nous paraissent toujours si inexistantes, si peu originales et si ridicules, souvent. Nous n’en voyons que l’externe, le corps, le costume, la mimique, tandis que le patient souffre du domaine enchanté de la vie et que, malgré son récit, il ne nous transmet que bien rarement la clef du songe, ayant créé de sa substance la plus identique, de ses pensées les plus secrètes, l’aventure dont il souffre comme d’un rêve incarné et douloureux. Nous sommes impénétrables les uns aux autres, par le fait même que nous ne nous intéressons profondément qu’à nous seuls, et que nous ne cherchons dans l’amour que l’intérêt, l’étonnement, l’admiration d’un autre, un spectateur intime dans les yeux duquel nous nous imaginons reconnaître nos défauts et nos goûts. Cette fraternité seule nous unit ! Toute indépendance du partenaire nous semble une injure, une impolitesse, et nous déçoit.
Nous lui en voulons d’oser être lui-même tel que sa mère le fit et l’éleva, tel qu’il est et se cherche en nous, prêt à nous haïr s’il ne se retrouve pas.
Tel est l’enjeu de la recherche et du voyage… en somme un miroir !
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L’auteur des cinq textes de mon petit jeu littéraire est :
Mireille Havet
Médan (Seine-Et-Oise) 4/11/1898
Montana (France) 21/3/1932
Tous ces passages sont extraits du livre :
Journal 1918-1919 le monde entier vous tire par le milieu du ventre
Editeur : C. Paulhan
Paru le : 27 Janvier 2003












Amie de Colette, Jean Cocteau, Guillaume Apollinaire qui l’appelait « la petite poyétesse »,et des premiers surréalistes, Mireille Havet est « redécouverte » grâce à l’édition de son journal intime qu’elle tint de 1913 à 1929, dont le manuscrit n’a été retrouvé qu’en 1995.
Elle a écrit un roman « Carnaval ».
Elle meurt de la tuberculose à l’âge de 34 ans.
Comment une jeune fille d’à peine vingt ans a pu écrire ces mots… Elle écrit bien évidemment, elle écrit juste surtout. Les passions qui nous comblent, nous envahissent et parfois nous torturent sont à peine visibles à l’oeil nu de l’autre même proche de soi. Le moindre débordement exposant au grand jour nos mille et une nuits intérieures rend tout le monde mal à l’aise. C’est la vie de Mireille qui l’a tuée, toutes les qualités vitales de l’âme de l’artiste sont mortelles au corps humain.