Happy election day ! L’ After !
J’ai bien aimé ce commentaire de Patrick Besson, auteur que je connais un peu et dont j’aime beaucoup le travail…. je me permets de le retranscrire ici :
Obamarre
Publié le 13/11/2008 N°1887 Le Point
Patrick Besson
Les Etats-Unis ont un président noir, ce qui semble faire oublier au monde qu’il est démocrate. De ces démocrates qui ont attaqué le Mexique et imposé la Prohibition sous Wilson, envoyé les premières bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki au temps de Truman, où ils ont également agressé la Corée et favorisé la « chasse aux sorcières » du sénateur McCarthy, qui ont envahi puis boycotté Cuba sous Kennedy, commencé la guerre du Vietnam sous Johnson, où ils sont aussi intervenus militairement en République dominicaine, qui ont bombardé Belgrade et Bagdad sous Clinton, présidence au cours de laquelle ils ont par surcroît laissé massacrer un million de Tutsi au Rwanda (avril-juin 1994). Que je sache, les démocrates n’ont, pas plus que les républicains, réduit les inégalités sociales aux Etats-Unis. Ni moralisé la vie politique. On est tellement obnubilé par la race et la couleur des gens qu’on se dit que puisque Obama est noir, alors qu’il est tout aussi blanc, il sera un démocrate différent de ceux qui l’ont précédé à la Maison-Blanche. Son sang kényan ferait de lui un président démocrate supérieur, avec une vision du monde plus vaste, une organisation mentale plus large. Des commentateurs progressistes aux chroniqueurs réactionnaires, en Amérique du Nord comme partout ailleurs dans le monde, c’est le même emballement radieux. On se pâme, se prosterne. On ne trouve plus les mots d’adoration. On devrait écrire ces éloges en vers puisqu’ils riment. On voit en Obama un mélange de Martin Luther King et de Descartes, avec un zeste de l’abbé Pierre. Un dalaï-lama qui aurait réussi dans la Chine. Un Gandhi plus athlétique et mieux habillé. C’est Nelson Mandela rajeuni de cinquante ans, avec le dernier ordinateur de Bill Gates et un nouveau bon coeur du professeur sud-africain Barnard. Un Toussaint Louverture Net et Internet.
L’empressement trouble, des peuples comme des élites, à se jeter aux pieds d’un homme providentiel, qu’il ait fait don de sa personne à la France comme le maréchal Pétain ou nous ait compris comme le général de Gaulle. Ce besoin aveugle de croire à quelqu’un. C’est presque émouvant. On devrait pourtant finir par comprendre, avec l’expérience de la déception, que les hommes politiques sont des hommes, quelle que soit leur couleur. Et des politiques. Pas des dieux : il est donc inapproprié de se mettre à genoux devant eux, y compris avec un stylo, qu’il soit de droite ou de gauche.
De l’avis général, Barack Obama réglerait sous peu les problèmes des Etats-Unis puis, après un week-end à Camp David avec Michelle et les filles, ceux de toute la planète au sous-développement durable. J’ai même lu, dans un grand quotidien du matin, sous la plume allègre d’un académicien français octogénaire, que son élection à la présidence des Etats-Unis venait de supprimer toute discrimination raciale outre-Atlantique. Quai Conti, cet optimisme des petits hommes en vert, couleur de l’espérance de vie. Il suffit pourtant de regarder la nouvelle carte électorale des Etats-Unis pour voir que l’énorme majorité des Etats du Sud ont voté McCain. Au point qu’on aurait une vue aérienne de la guerre de Sécession (1861-1865). Le retour de Scarlett O’Hara en surcharge pondérale après abus de Big Mac et de not-diet Coke ? Rien ne nous dit qu’en cas d’échec d’Obama, hélas prévisible, on ne mettra pas en cause sa couleur dans ce pays où il n’y aurait plus, depuis le 4 novembre 2008, de racisme.












J’ai voté Lewis Hamilton… Comme presque tout le ‘monde’!
Si Obama donne de l’espoir à des gens tant mieux ! Pour le reste je le sais pas… Mais faire pire que George W. Bush serait difficile…
Et en Amérique Warren Buffett a confiance en Obama. On verra, on verra…
Huit mois plus tard…
je souhaite au Président Obama de réussir l’exploit, voire le miracle de réformer le système de sécurité sociale et les règles de l’assurance maladie en Amérique. Ce serait un évènement encore plus exceptionnel que l’élection d’un « African American » à la tête du pays. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il fait tout pour y arriver y compris risquer sa place de président. Je le trouve vaillant, intelligent et lui fait confiance… mais dans le back office le système résiste. Tous ceux qui ne savaient pas trop ce qu’est un « Lobby » peuvent en constater les effets, la puissance, l’arrogance et la violence aux U.S. La campagne de dénigrement que subit le Président Obama ces jours-ci est une honte pour tous les américains dont je suis car j’ai la double nationalité (Canadienne et Américaine)
L’alternance ne change pas grand chose à la politique d’un pays. Ni en Amérique, ni en France…. Ni ailleurs. Besson a raison, démocrates et républicains suivent la même ligne de conduite depuis… allez, la deuxième guerre mondiale. Yes we can … if we want it…. Good luck sir ! And very good speech today in New York !!!! Yes you can !
Lobbies de droite, groupe de pression et syndicats de gauche, en politique on y échappe pas.
Pour faire, pas contrepoids, mais avoir un texte différent en voici un de Dany Laferrière, écrivain aussi qui a une vision romantique et enthousiate probablement mais qui écrit tout de même très bien surtout dans les premiers paragraphes. Je trouve que Besson fait plus une analyse dans un sens mais c’est aussi de la chronique ou un point de vue. Un point de vue critique de Besson et un point de vue »romantique » de Dany.
http://fr.canoe.ca/divertissement/celebrites/nouvelles/2009/01/15/8037126-jdm.html
» ANALYSE
Obama: un tigre prêt à bondir
Dany Laferrière – Collaboration spéciale
17-01-2009 | 04h00
On l’a vu sur nos écrans tout au long de l’année dernière.
Grand, mince, élégant, il a cette façon de capter la lumière qui l’apparente à ces stars de cinéma des années 50.
Sa souplesse de félin en chemise blanche absorbait la rétine des femmes et les maintenait sous le joug de ses charmes. Et, ce qui est rare, sans faire naître de la jalousie chez les hommes.
Sa séduction décuplera quand il se mettra à nous raconter l’Amérique qui le fait rêver.
Quand on a connu les désolantes années Bush, et Bush lui-même dont l’absence de charme ne trouve d’égal que chez Nixon, on comprend la fascination que la simple présence d’Obama ait pu susciter.
Pourquoi j’insiste tant sur l’image que projette Obama?
Parce qu’on remarque d’abord quelqu’un par son allure. Obama est apparu il n’y a pas si longtemps sur la scène politique, avec un fameux discours à la Convention démocrate. Et j’ai senti qu’il se passait quelque chose quand j’ai entendu parler autant de ce qu’il projetait que de ce qu’il disait.
Et curieusement, dans les premiers temps, le fait qu’il soit noir n’a pas été abordé, comme si on voulait faire l’impasse sur cette question.
La raison, c’est qu’il est un métis et ce mélange de races lui donne des traits difficiles à fixer sur le tableau sensoriel.
Son discours n’est pas différent non plus: un lyrisme qui pourrait rappeler Martin Luther King, tempéré par un sens pratique qui lui vient de ses années de Harvard. Obama se trouve au croisement de ce que cette Amérique a produit de mieux depuis un moment.
LE FOND DU BARIL
Et on a l’impression que l’Amérique devait toucher le fond pour qu’un Obama apparaisse.
Il a fallu exploiter cette culture wasp jusqu’à la lie, c’est-à-dire jusqu’à George Walker Bush, avant de concevoir qu’une femme (Hillary Clinton) ou un Noir (Barack Obama) pouvait tenter l’aventure.
Cette longue campagne a été une leçon d’histoire pour une certaine Amérique, celle qui vivait ignorante de sa composition. Celle qui croyait que les États-Unis avec leurs vastes plaines, leurs déserts infinis, leurs montagnes enneigées et leur chaude Floride étaient la terre promise et donnée qu’ils n’ont fait que fructifier.
AMÉRIQUE AMNÉSIQUE
Cette Amérique amnésique qui voulait oublier que le génocide indien et l’esclavage africain sont pour quelque chose dans la montée irrésistible de cette puissance mondiale. Et ce qui reste de cette époque, ce sont surtout les Noirs.
Le racisme qui a suivi l’esclavage montre qu’on voulait bâtir un pays en dehors d’une partie de sa population.
La situation dramatique de ces Noirs, sous-éduqués et sous-alimentés au coeur d’une richesse faramineuse, est l’indice d’un échec moral.
James Baldwin, l’auteur de cet essai rageur, La Prochaine Fois, le feu, qui a embrasé les années 60, exprime ce désarroi avec la violence et l’efficacité d’une gifle sèche.
Il y a eu une période trouble durant cette campagne électorale où personne, même les républicains, ne voulait prononcer le mot tabou: race. Le mot qui blesse l’Amérique.
Les Noirs parce qu’ils avaient peur que l’Amérique blanche réactionnaire, celle de la droite religieuse, se réveille.
Les Blancs parce que même ceux qui sont de gauche ont peur de ce seul mot qui avait déjà lancé les États-Unis, à leur naissance, dans une guerre civile.
OUBLIER LES SALES ANNÉES
Alors on a parlé du fait qu’il soit un métis, comme si cela avait une importance aux yeux du raciste.
Certains ont même dit qu’on ne trouvait chez lui aucun ressentiment, ce qui prouve que d’une certaine manière il avait montré patte blanche.
On tenait enfin celui qui allait laver l’Amérique de la honte de l’esclavage et faire oublier les sales années Bush.
Je ne crois pas qu’aucun président américain ait eu un poids si pesant sur les épaules depuis Roosevelt.
Un Noir, pour être président, doit être un surhomme, ce qui est une forme discrète de racisme.
En attendant, il est le 44e président des États-Unis, et son entrée à la Maison-Blanche constituera un moment historique.
On ne peut pas prévoir l’impact que cela aura sur les jeunes Noirs des ghettos ni sur les jeunes Blancs des tranquilles petites villes américaines, mais ce qui est sûr, c’est que quelque chose aura changé, ne serait-ce que dans la perception.
C’est d’abord une question d’image, car le Noir est repérable de loin.
Et, aux yeux de l’autre, il est une couleur avant d’être un être humain.
Avoir un Noir sous ses yeux chaque jour pendant des années aura-t-il un impact sur notre rétine?
Seul l’avenir le dira. »
Puis pour contredire le lyrisme de Dany allons-y donc avec Richard Martineau qui n’écrit pas aussi bien que Dany Laferrière ou que Patrick Besson c’est plus un chroniqueur et qui a un peu changé son discours en étant au Journal de Montréal puis étant un pigiste qui travaille pour eux pendant un lock-out, il se fait pas d’amis parmi les syndiqués. Bon mais citons-le pareil…
http://fr.canoe.ca/infos/chroniques/richardmartineau/archives/2009/01/20090119-062300.html
» La chronique de Richard Martineau
Obama, calmons-nous !
Richard Martineau
19/01/2009 06h23
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais Barack Obama n’a même pas encore été assermenté que déjà, je suis tanné d’entendre parler de lui.
Barack et la musique, Barack et la télé, Barack et la littérature, Barack et le vin, Barack et le BlackBerry, Barack et la cigarette…
À quand Barack et le macramé ou Barack et la ringuette ?
L’ÎLE ENCHANTÉE
À croire certains observateurs de la scène politique américaine (qui ont jeté leur sens critique aux poubelles pour se déguiser en cheerleaders), l’arrivée d’Obama va transformer le monde.
Comme le chante Michel Fugain : «Tout va changer de-main/ Tu n’as qu’à ouvrir les mains/Pour que de là-haut te tombe/Une pluie de cadeaux/Demain il fera beau…»
Je comprends qu’on est tanné du cynisme. Mais de là à plonger tête première dans la naïveté gnangnan, il y a une marge.
Barack Obama n’est pas le président de Disneyworld. Il est le président des États-Unis ! Pensez-vous vraiment que l’Amérique va changer fondamentalement ? Que toutes les forces en puissance vont voir la lumière et changer de cap ?
Que les riches vont soudainement avoir le goût de partager, que le Pentagone va remiser ses armes high-tech, que les États-Unis vont cesser de se prendre pour la police du monde pour revêtir un uniforme de scout et ramasser de l’argent pour OXFAM ?
On ne devient pas président des États-Unis en vendant des biscuits. On le devient en faisant des alliances, en jouant du coude, en s’associant à des lobbys, en promettant des retours d’ascenseur, en assurant les gens au pouvoir (ceux qui ont du fric, ceux qui font tourner la machine et ceux qui financent les campagnes) que tout continuera comme avant…
UNE ANALYSE DANGEREUSE
Avez-vous lu le texte que Dany Laferrière a écrit sur Obama dans nos pages, samedi ? On aurait dit Jean-Baptiste qui annonce la venue de Jésus.
Un passage m’a particulièrement fait sursauter :
«On a l’impression que l’Amérique devait toucher le fond pour qu’un Obama apparaisse. Il a fallu exploiter cette culture wasp jusqu’à la lie, c’est-à-dire jusqu’à George Walker Bush, avant de concevoir qu’une femme ou un Noir pouvait tenter l’aventure…»
Vous avez bien lu.
George W. Bush n’était pas simplement un (très) mauvais politicien. Il était le symbole de l’Amérique blanche.
En fait, il était mauvais parce qu’il était un homme blanc !
Comme généralisation, j’ai rarement vu pire. Si j’étais mesquin, je dirais que Dany Laferrière devrait continuer à écrire des romans et laisser tomber l’analyse politique.
Parce que lorsqu’il écrit ce genre de choses, l’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer donne l’impression de vivre intellectuellement au-dessus de ses moyens…
UN INDIVIDU
Lancer ce genre d’affirmations, c’est ouvrir la porte à une analyse raciale de Barack Obama. C’est donner la permission aux critiques du nouveau président de dire, lorsqu’il commettra des erreurs (car il en commettra, chers croyants, soyez-en sûrs), qu’il a gaffé parce qu’il est Noir.
Pourtant, c’est simple : Obama ne représente pas plus les Noirs que Bush ne représentait les Blancs.
C’est un individu.
Comme l’écrivait l’essayiste (noir) Shelby Steele : «Transformer chaque individu en membre d’une minorité ne diminue pas les tensions raciales, ça les accroît…»
»
Bien je vois la vision de Martineau réaliste du moins dans sa vison de voir comme se fait élire un président mais pour son blâme à Dany… Pas vraiment, le seul hic c’est d’avoir appelé cela une analyse politique. Nahhh… Il faut un politologue probablement ou un journaliste spécialisé là-dedans pour faire une analyse disons plus »objective » mais qui l’est jamais.
C’est quand même vrai qu’Obama a un charisme mais aussi grand que le décrit Laferrière ? Je ne sais pas. Bill Clinton aussi avait un charisme et un pouvoir de séduction…
Alors chacun ses opinions et on peut aussi décoder du texte de la personne qui écrit selon à quoi on associe sa pensée, ses relations, etc.
Proche de la gauche, de la droite, centre-gauche ou centre-droite.
Pour les politologues qui sont des universitaires, ils ont un discours plus de gauche ici en tous les cas. Et si on les invite ce sera plus à Radio-Canada, par exemple. Alors des gens plus de gauche, sont plus enthousiates envers Obama dès le départ, plus envers les Démocrates que les Républicains.
On associe tel intellectuel, tel chroniqueur, tel écrivain, tel syndicaliste, tel homme d’affaires à une manière de pensée et à un certain discours.
Pour le Nobel de la Paix à Obama je préfère classer ici pour ma part…
Des lectures ?
Le blogue de Patrick Lagacé qui fait référence au NPNBGWB, pour ne pas être Bush finalement…
http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70723565
Puis sur celui de Richard Hétu parlant de la réaction du Parti Républicain juste à rester sur cyberpresse, les intéressés vont trouver facilement…
« De toute évidence, le Parti républicain espère que l’attribution du Nobel de la paix 2009 à Barack Obama se retournera contre lui aux États-Unis. »