09 juin 2011

Le devoir : dans la bibliothèque de Diane Tell

« Il y a quelques mois, on s’en rencontré dans le lobby d’un hôtel de Montréal pour parler livres et lecture. Le temps a passé et le résultat de cette rencontre est désormais en ligne (depuis aujourd’hui) par abonnement gratuit via iTunes ou encore sur le site du Devoir, plus tard dans la journée.

Merci encore pour cette rencontre, pour ce voyage dans les bouquins qui ont marqué votre vie et pour votre participation à ce projet de balado du Devoir.

Vous pouvez bien sûr largement diffuser ce lien »

DANS LA BIBLIOTHÈQUE DE DIANE TELL

Fabien Deglise
Journaliste
Le Devoir

Je viens de recevoir ce mot de Fabien et d’écouter l’entretien qu’il a réalisé dans le hall de l’hôtel Germain à Montréal le 9 août 2010, la veille de mon départ pour Val d’Or à l’occasion du 75 ème anniversaire de MA ville ! Je me souviens de cette rencontre, quelques minutes après l’atterrissage ! Quel bonheur de redécouvrir ces livres ! Tendez l’oreille, ça vaut le coup ! Il suffit de cliquer sur le premier lien : Dans la bibliothèque de Diane Tell.

Les 5 livres de Diane

1 Friedrich Nietzsche – Poésies – Editions Gérard Lebovici 1984

2 José Ortega y Gassset – Ecrits en faveur de l’amour – Distance 1986

3 Mireille Havet – Journal (en plusieurs volumes) Editions Claire Paulhan – 2003/2010

4 Boris Vian – En avant la zizique – Le livre contemporain – 1958

5 Nik Cohn – A wop bop a loo bop a lop bam boom – Editions Allia – 1969 -1999 pour l’édition française.

13 août 2010

Val d’or 2010 – 2035

Les Valdoriens sont des gens très prévoyants ! Nous allons célébrer le soixante quinzième anniversaire de la ville de Val d’Or les 14 et 15 août prochains et déjà, se prépare le 100 ème… de 2035 ! On nous a demandé de proposer un leg (lettre, document, objet précieux, ou autre….) qui sera mis en terre dimanche au parc du 75ème. Dans 25 ans, le tout sera révélé au grand public… comme je ne peux rien vous cacher, voici ce que j’ai proposé…

Val d’or

Vallée de ma jeunesse dorée
Pays de tous mes premiers
Bassin de mes amours endormies
Dans le creux de tes vagues infinies

Petite jeune fille de l’humanité
Tu as aujourd’hui cent années
Cent ans d’histoire boréale
Et combien de vies vécues en ton val

Combien d’âmes planent encore
Au dessus de tous tes trésors
Du souvenir de tes richesses envolées
De ta fragile splendeur anémiée ?

Ta nature souffre de l’appétit
De nos désirs inassouvis
Pourquoi toujours en est-il
Ainsi de la survie d’une ville ?

Mais… en cet anniversaire
L’heure n’est pas aux vers
Alourdis de nos larmes
Fêtons plutôt tes charmes

Prenons le temps de vivre
Sur nos canoës ivres
Descendons l’Harricana
Jusqu’à sa source Ozawaconia Odena

Ô Val d’or
J’ai été ton amoureuse ton élève
Ton enfant gâtée de beaux rêves
Mon tsunamour d’enfance mon inspiration divine
Ne quitte jamais mon cœur tendre de gamine

Diane Fortin
Val d’or
Vendredi 13 août 2010

- 75 ème de Val d’or le site

- Le samedi 14 août, 20 h 30 -Spectacle à grand déploiement
La Société du 75e a le plaisir de vous offrir un spectacle à grand déploiement. Au crépuscule, près de 20 artistes offriront une prestation unique pour un spectacle à ne pas manquer. La scène extérieure de la Cité de l’Or accueillera pour la première fois simultanément Raôul Duguay, Diane Tell, Dany Bédar, Martin Bédar, Châkidor, Anodajay, Serge Fortin, Norman Crépeault, Barbara Secours, Melisa Pash, Dany Aubé, Rick Joncas et Alain Dessureault. Bref, ce spectacle offrira des images impressionnantes et une présentation pyromusicale à couper le souffle.

- Le dimanche 15 août, je serai en concert solo au Bar Bistro l’Entracte. Cette belle maison située dans le quartier historique de Bourlamaque est tenu par Louiselle Blais, la soeur de Ginette Blais, l’épouse de mon frère Paul et maman de mes deux petits neveux Antony et Michel… c’est donc une histoire de famille… Réservation au  819-825-9078

(Seul bémol, en cas d’orage électrique le 14 août, le spectacle du 75ème sera reporté au dimanche, et dans ce cas, ma petite prestation bonus ne pourra avoir lieu.)

09 août 2010

Préface – Fortunes de sable de Bernard Bacquié

Maquette d’avion, L’amour et la mort, des les caves d’Alphonse Mellot à Sancerre

Fortunes de sable

de Bernard Bacquié (roman à paraître)

Préface

Juillet 2010. Le commandant de bord du vol AF7834 s’adresse aux passagers pour annoncer le début de notre descente vers l’aéroport Nice-Côte d’Azur. Le capitaine est une femme. J’étais plongée dans le manuscrit de Fortunes de Sable de Bernard Bacquié quand cette voix féminine attira mon attention : « Bonsoir, je suis Madeleine Dorat votre commandant de bord… » J’abandonne ma lecture, les années folles de l’aviation, Latécoère, Casablanca, St-Ex, Dorat et leurs potes… Drôle de coïncidence ce patronyme…

La côte paisible plus dorée que d’Azur défile dans le petit cercle formé par le hublot sur ma gauche. D’un coup, tout me revient. Il y a 10 ou 15 ans, nous rentrions d’Afrique Gabriel et moi et sur le même trajet, à la même heure du soir, aux commandes d’un petit Cesna Cardinal, nous avons fait l’expérience du P.S.V. ! Le pilotage sans visibilité ! Le jour s’écroulait sous nos yeux impuissants. Le ciel n’en finissait pas de dégouliner, avec pour partenaire de jeu de la mort un vent fort en rafales et en travers. Nous survolions à basse mais décente altitude la mer sans perdre de vue la côte pour maintenir la hauteur et le cap. Deux repères sur le point de disparaître dans la sombre grisaille. Mal au cœur la demoiselle avec ses deux petites ailes toutes mouillées. Sale temps. On s’en est sorti comme dans un film qui finit bien.

Je reviens au manuscrit, aux exploits et mésaventures de Reine, Gourp, Dorat, Lécrivain, Tête, Serre et les autres. Bonnes ou mauvaises fortunes des uns, c’est le destin du groupe qui l’emporte au paradis des aviateurs. Des hommes intrépides, sans peurs ni pleurs mais néanmoins sensibles. Des hommes à femmes au moral d’acier avec un cÅ“ur d’artichaut. Des hommes à veuves aussi car beaucoup de ces fous volants se sont perdus au sol. Des hommes courageux, téméraires, épris d’un rêve, portés par un seul désir : voler. Je me souviens encore. La beauté arrogante du gigantesque désert du Sahara, le slalom entre les épaves de navires alignées le long des côtes de Mauritanie, les groupes de flamants roses au ras de l’eau, la nuit à l’hôtel de la Poste de St-Louis du Sénégal, l’escale à Cap Juby pour un ravitaillement express, le décollage des hauteurs d’Addis Abeba, les énormes cumulonimbus au dessus du lac Victoria, l’approche de Zanzibar… Des souvenirs recouverts d’autres souvenirs. Des heures de vol que le temps n’a pas effacées de ma mémoire. Il suffit d’ouvrir un livre et tout me revient.

Il est fort probable que mon expérience de pilote-navigateur-amateur sur les traces de la ligne Latécoère et des mots d’Henry de Monfreid me prédispose à aimer les récits qui causent de Mermoz et chantent les refrains de ses audacieux copains. J’aime les histoires qui planent et les impressions d’Afrique vues du ciel. Fortune de Sables est l’un de ces romans Rio de Oro où se côtoient, comme si on y était, tous les héros solidaires et indomptables de l’épopée de la ligne Latécoère, de son apogée jusqu’à la création de l’Aéropostale sous l’impulsion d’André Bouilloux-Lafont qui reprit « la Ligne » en 1927 et lança la liaison Europe-Amérique du Sud. Passage du vol à vue au vol par-delà les nuages et les océans. Si Saint-Exupéry, Mermoz et Guillaumet mettent le cap sur Buenos Aires, c’est le destin de la belle Yasmina qui prend les commandes du roman et nous entraîne vers l’Afrique de l’est et à la rencontre d’autres grands personnages de la littérature du voyage, Monfreid, Kessel… Notre héroïne n’a pas froid aux yeux ni aux fesses qu’elle sait fort jolies et n’hésite pas à s’offrir toute entière aux plus méritants des hommes qu’elle croise. L’histoire danse autour de cette amoureuse à la fois douce et endurcie, saharienne de cœur mais universelle de corps comme le disait autrement la belle Arletty à propos de ses amours jugées illicites lors de son procès d’après-guerre.

Plus qu’un roman, ce docu-roman a beau interpréter à sa manière les échanges entre ses prestigieux protagonistes et autres personnages de fiction, les faits sont avérés. Bernard Bacquié s’appuie sur du solide comme l’acier d’un Breguet 14 ou d’un Laté 26. Il connaît sur le bout de ses doigts de pilote expérimenté tout ce qui a été dit ou écrit sur le sujet qu’il affectionne tant : l’histoire des anciens. Il recoupe les témoignages d’époques, les versions d’écrivains, les documents d’archives et les photographies pour faire se croiser de réels destins à des carrefours souvent historiques, parfois imaginaires. L’auteur-pilote a sa licence poétique pour inventer des plans de vol au dessus d’un Western Talara avec : le bon Gourp, la brute Ould Hadj Rab et ces truands de R’Gueïbat. Les machines volantes aussi gracieuses que capricieuses, les chameaux des Maures et les troublantes Arabes dévoilées y jouent les rôles des locomotives, chevaux de cow-boys et autres belles de saloon du grand Far West.

Mon avion va bientôt se poser sur la piste de l’aéroport de Nice. J’attrape le Libé du jour à peine entre ouvert. Tiens le Sahel fait sa une. Même territoire, autres tribus. Les conflits de sang ou de sol changent de poignes. Les otages ne sont plus ces pilotes livreurs de courrier mais des humanitaires porteurs d’idéaux. Leurs libérateurs n’ont rien des frères d’équipage d’antan prêts à mourir pour sauver la vie d’un des leurs. Ils sont militaires, n’ont jamais rencontré les victimes ou leurs bourreaux, sont armés jusqu’aux dents et c’est pas pour mordre la poussière. Le désert avance et le vent des Fortunes de sable continue de souffler.

Diane Tell

23 juin 2010

Préface – Dico Passion de la Côte Basque – Christian Artigau

Vient de paraître aux éditions Cairn le « Dico passion de la côte Basque » de l’épatant Christian Artigau. J’ai eu l’honneur d’en écrire la préface. Je vous le recommande vivement !!!!

voici donc ma petite contribution !

Ouverture

Afición !

Vous venez d’ouvrir ce livre, ne le reposez pas avant d’en avoir lu quelques extraits. Vous ne serez pas déçus. Christian Artigau a mis les petits mots dans les grands pour composer ce passionnant dictionnaire de la côte Basque. A, B, C, Désir…

Amour, Béret et Crampotte se côtoient le long des rives et des dérives littorales sans pont ni transition mais avec un point commun : chacun des morceaux choisis est à savourer avec la gourmandise d’un incurable bon vivant. L’appétit vient en lisant. Un régal. Ni enfant du pays, ni étranger de passage, l’auteur voisin a longtemps mijoté ses délicieuses impressions d’un pays qu’il fréquente depuis l’enfance. Nous sommes servis. Ravis. Ses images comme des gravures, ses tournures élégantes, ses anecdotes piquantes, sont celles d’un amoureux toujours satisfait mais jamais rassasié. Pourquoi ne pas se laisser conter un pays par quelqu’un qui l’aime tout simplement passionnément ? Au point d’en rêver lorsque sa vie d’homme de radio, de jazz et de bien d’autres tourbillons l’en éloigne.

Ce « dictionnaire »  me rappelle curieusement « Paris est une fête » d’Ernest Hemingway. Autre lieu, autre époque, autre format… Dans la préface l’américain prévient ses lecteurs : Ce livre peut être tenu pour une oeuvre d’imagination. Mais il est toujours possible qu’une oeuvre d’imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait. De la même manière, dans son prélude Christian Artigau confesse ne pas avoir toujours vérifié l’origine d’un lieu, d’un bistrot, d’une ferme ou d’une chapelle. Peu importe si ses souvenirs sont rehaussés d’une pincée d’imagination. Sa côte Basque vous enchantera avec ses notes cuivrés des bandas, ses vieux matadors voutés, les sorcières et leurs messes noires sur la Rhune, Félix et son véhicule à six roues qui ressemblait à une grosse grenouille grise, le Prince de Galles, les tzars, Albert et les vieux pêcheurs à la retraite. On vous dit tout de la Zahato. On ne vous cache rien des origines de la force Basque. Si vous ne connaissez pas ou peu la côte Basque, ce livre achèvera de vous tenter d’y aller voir, sentir et vivre au rythme des marées. Pour les citoyens d’Iparralde, dont je suis, le pays des merveilles décrit ici de A à Z n’est que la chambre d’amour fou d’un homme pour la côte Basque. On y entre le sourire aux lèvres on en sort heureux.

Diane Tell

Biarritz le 20 février 2010

23 juin 2009

Boris Vian, toi qui a pris mon coeur, garde-le ! (bien au chaud)

Toi qui a pris mon coeur

Biarritz, le 23 juin 2009

Mon cher Boris,

comment vivre cette journée sans penser à toi ! Comment passer à côté des nombreux hommages consacrés au grand artiste que tu es ! Tu veux que j’te dise ? Impossible au commun des mortels que nous sommes de ne pas célébrer aujourd’hui ton passage ici bien bas. Et c’est tant mieux. A moins de vivre complètement reclus dans une pièce déconnectée du monde depuis des semaines ! On ne peut pas te louper ma belle âme ! Tu es absolument sur tous les écrans, sur toutes les ondes et toutes les lèvres, dans tous les journaux et magazines, et of course sur le net ! Ah le net ! Ca t’aurait plu comme bidule ! C’est extraordinaire ce que tu peux être vivant ! A Saint-Germain, une exposition est entièrement consacrée à ton époque, tes amis, on peut y voir des manuscrits, des choses qui t’ont appartenu ! J’y ai rencontré ta Michelle ! D’une éternelle beauté ! Ouf ! Ca m’a secouée !

Tu te souviens de « My one and only love » ? Cette si jolie chanson de Robert Mellin et Guy Wood ? La première fois que j’ai écoutée ce morceau, c’était dans une version de John Coltrane avec Johnny Hartman. Un chef d’oeuvre ! Je l’ai apprise en anglais et l’ai même chantée à la télévision en 1991 ou 1992, je ne sais plus. Je me souviens de la belle robe longue bleue nuit que je portais ce jour-là. Une création pour l’occasion de Mine Verges… C’est à cette époque que j’ai rencontré ton frère Alain ! Je cherchais un orgue de Barbarie pour le spectacle Marilyn Montreuil. Il m’a recommandé d’en faire fabriquer un tout neuf par monsieur Oudin. Je l’ai fait. J’ai suivi son conseil mais je n’ai pas eu le plaisir de le revoir pour parler de toi. Il disait avoir tout un tas de textes dans ses malles… Quelle idiote de ne pas avoir pris le temps de repasser à sa boutique. Je m’en veux encore… Et puis un jour, par hasard, j’ai trouvé dans un bouquin une adaptation de cette chanson en français : Toi qui a pris mon coeur… Des nues, je suis tombée sous terre ! Depuis, je la chante à chacun de mes concerts.

Il y a environ 3 ans, j’ai pris la décision d’enregistrer un album « jazz ». En français of course ! Mon premier réflexe fut de chercher dans ton oeuvre d’autres merveilleuses adaptations de standards de jazz et sans faute, j’en ai trouvé tout un lot ! Une quarantaine peut-être. Venant de toi, je ne fus pas surprise. Tu aimais tellement cette musique. Que tu te sois penché sur elle, ta plume à la main, ne me surprend pas. Ce qui m’étonne encore aujourd’hui c’est qu’il existe très peu d’enregistrements de ces chansons. Quel beau travail Mister Boris. Une des plus belle matière qu’il m’ait été donné de chanter cher Docteur Vian ! J’en ai choisi 16 et j’ai contacté le musicien, compositeur, arrageur et auteur le plus brillant que je connaisse. L’homme de la situation. Celui qui allait créer l’ambiance musicale du projet la plus parfaite. Un son qui devait te plaire. Ce monsieur est Laurent de Wilde. Par chance, il a accepté d’enregistrer avec moi des maquettes piano voix et de là, nous avons construit étape par étape ce qui va devenir un des très rares albums de chansons françaises de jazz réalisés depuis les années 60.

Nous avions prévu de sortir l’album avant cet anniversaire mais rien n’est simple. Jamais. On dit que tu aurais écrit près de 400 textes de chansons en 4 ou 5 ans dans les années 50 … Il fallait s’attendre à ce que quelques unes des adaptations restent à ce jour inconnues des auteurs originaux… Et… Tu sais comment ça fonctionne ! Tu connais la musique ! Il faut une autorisation pour adapter une chanson. Plus exactement pour enregistrer et publier une adaptation d’une chanson. Pour 4 des titres que nous avons enregistré, je fais tout ce que je peux pour obtenir celles-ci au plus tôt. Figure-toi, qu’aujourd’hui même, jour de cet anniversaire si célébré, le tien, j’ai reçu de l’éditeur de « My one and only love » l’autorisation de publier l’enregistrement que nous venons tout juste de terminer ! Drôle de coïncidence non ? Puisque je reçois aujourd’hui cette permission-cadeau, je te pris d’accepter ma toute simple et toute sincère version de ta chanson « Toi qui a pris mon coeur »…

Je t’embrasse et te porterai aussi longtemps que je le peux dans mon coeur amoureux,

Diane

02 février 2009

Un train pour Saint-Germain

Il y a plus de 2 ans, j’ai eu Laurent de Wilde au téléphone. « Bonjour c’est Diane Tell, j’ai envie de faire un album avec vous et j’ai une idée de répertoire, on peut se rencontrer pour en faire la maquette ? » Il a dit oui !

Dans le ciel de Biarritz, un double X au dessus de la gare… un signe du ciel pour annoncer la fin définitive de la tempête ou pour lancer le début d’un projet important pour moi ?…. Va savoir. Envie de croire aux signes du ciel…

Installée dans le train, je scrute toujours le ciel pour y lire d’autres messages peut-être, anxieuse comme toujours au début. Je tourne en rond dans le carré de la case départ, en attendant l’ouverture de la barrière, le coup de sifflet, le Go libérateur… Dans les landes, que nous traversons, les arbres déshonorés abattus couchés au sol n’ont d’avenir que le broyage du coeur à l’écorce de leur belle matière chaude. Seuls les pins bébés, comme de petits arbrisseaux, tiennent encore debout entre les lignes du bois resté à terre de leurs ainés.

Je ne vois plus rien. Mes yeux posés sur l’extérieur ne reçoivent plus d’images… Mes pensées tournent en boucle la bande annonce du film de ce retour à Paris. Enregistrer à Saint Germain des Prés des chansons dont les textes sont tous de Boris Vian le prince de ce quartier dans les années 50… revenir à Montparnasse, dans l’home-hôtel de Madame M. que je fréquente depuis des années… dîner au Sélect ou à la Closerie ou au Dome…. Chanter les plus belles mélodies composées par les meilleurs compositeurs du XXème siècle avec un groupe de 4 musiciens choisis… Une semaine de rêve en perspective et pourtant j’ai l’air un peu sombre. Ce n’est pas de la tristesse, de l’inquiétude… Je suis attentive. Concentrée.

Mon visage d’un coup s’étire, la peau se détache de la face, mes traits réapparaissent sur la vitre du wagon, se fondent au paysage et glissent sur les rails.  Je ne suis plus qu’une image déformée plaquée sur du verre. Le train file à pleine vitesse maintenant, jusqu’à la prochaine gare… Où sommes-nous ? Quelque part dans le vide merveilleux d’un corps qui se déplace.

22 janvier 2009

Pleurer des rizières

Il pleure des rizières à l’horizon des cocotiers

vastes miroirs percés de tiges fluorescentes

invitant le ciel à se fondre à la terre détrempée

Il pleure des rizières en escalier

pour les pas d’un géant fantôme

Au loin la déesse volcanique

couchée sur son flanc sacré

veille sur le monde les esprits nos pensées nos paroles et nos gestes

Il pleure des rizières

et la vie n’en finit pas de renaitre de ses divinités

La tragédie de la mort n’a pas ici sa place

déportée par la magie des rêves à la frontière de l’éternité

Il pleure des rizières et mon coeur se réjouit

de recevoir tant de beauté par le clair de tes yeux

mais Bali signifie offrande

et je m’y sens si pauvre

de ne jamais donner assez

d’avoir si peu à offrir

Je voudrais m’abandonner toute entière

et me confondre comme le ciel

aux larmes des rizières de Bali

Ubud, 21 janvier 2009

30 décembre 2008

Petit jeu littéraire (cinquième extrait et solution)

L’autre soir, ayant relu les carnets de notes de ces trois dernières années, j’écrivis ceci :
Quand on résume les détails d’une vie, ce n’est rien ! Aucun fait ne semble comporter la valeur et la gravité qu’y attache la mémoire. Il ne semble même pas que d’aussi petites et banales combinaisons puissent engendrer un  bonheur ou un désespoir. Le travail seul compte et les Å“uvres laissées. Cependant, que de choses semblent passer avant dans la vie journalière ! Quelle leçon qu’un petit carnet tenu rapidement chaque jour, avec les rendez-vous, les thés, les spectacles qui occupent une semaine et vous font croire à leur importance. Hélas ! tout se passe dans l’âme, le drame et l’aventure ne se déroulent qu’intérieurement dans l’âme, et la vie n’est rien qu’un jeu enfantin d’une puérilité déconcertante.
L’amour lui-même n’y apporte aucune note lumineuse, ne tenant lui-même que dans les jours de la semaine qui restent éternellement des lundis, des jeudis, des dimanches, que dans les heures de la journée, soumis à des retards de pendules, à des repas, à des affaires comme le reste. La poésie, l’angoisse, les regrets infinis de ce que l’on avait cru un rêve exaucé ne sortent pas de l’âme, du cerveau, et n’entrent en rien dans le domaine visible de la vie. Voilà pourquoi les aventures et les passions des autres nous paraissent toujours si inexistantes, si peu originales et si ridicules, souvent. Nous n’en voyons que l’externe, le corps, le costume, la mimique, tandis que le patient souffre du domaine enchanté de la vie et que, malgré son récit, il ne nous transmet que bien rarement la clef du songe, ayant créé de sa substance la plus identique, de ses pensées les plus secrètes, l’aventure dont il souffre comme d’un rêve incarné et douloureux. Nous sommes impénétrables les uns aux autres, par le fait même que nous ne nous intéressons profondément qu’à nous seuls, et que nous ne cherchons dans l’amour que l’intérêt, l’étonnement, l’admiration d’un autre, un spectateur intime dans les yeux duquel nous nous imaginons reconnaître nos défauts et nos goûts. Cette fraternité seule nous unit ! Toute indépendance du partenaire nous semble une injure, une impolitesse, et nous déçoit.
Nous lui en voulons d’oser être lui-même tel que sa mère le fit et l’éleva, tel qu’il est et se cherche en nous, prêt à nous haïr s’il ne se retrouve pas.
Tel est l’enjeu de la recherche et du voyage… en somme un miroir !

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L’auteur des cinq textes de mon petit jeu littéraire est :

Mireille Havet

Médan (Seine-Et-Oise) 4/11/1898
Montana (France) 21/3/1932

Tous ces passages sont extraits du livre :

Journal 1918-1919 le monde entier vous tire par le milieu du ventre

Editeur : C. Paulhan
Paru le : 27 Janvier 2003

29 décembre 2008

Sourire Désir Froid

Lors de ma ballade de santé de cinq kilomètres (plus ou moins) de la maison au théâtre du Gymnase boulevard bonne nouvelle, je croise ces personnes, presque tous les jours, des habituées du boulevard St Michel ou Sébastopol… J’ai échangé quelques mots, quelques sourires avec certaines d’entre elles. Ces gens sont doux et aiment bien discuter un peu, pas trop, juste ce qu’il faut. Leurs ai donné, cela va sans dire, deux ou trois euros parfois, pas tous tous les jours non plus, et leurs ai demandé si je pouvais les photographier bien sûr.  Ces jours-ci, je m’inquiète un peu pour eux… Il fait très froid à Paris… S’il manque quelqu’un à l’appel, j’ai hâte au lendemain, hâte de les croiser à nouveau… Je vous les présente…

Lui c’est Petre. Là il dort avec sa chienne Petra blottie contre lui près de chez Gibert Jeune. J’ai eu le plaisir de discuter avec lui, il vient d’Allemagne, un sourire chaleureux enfoui dans sa grosse barbe bien épaisse… Je trouve assez touchante l’image de ce grand gaillard et de sa petite chienne qu’il adore… Il me rappelle quelqu’un de ma famille…

Maria Thérésa, c’est un pseudo, elle préfère garder l’anonymat même si elle pose avec plaisir pour mon téléphone… je parle mal l’espagnol et n’ai pas tout compris de son histoire. Blonde et très gaie, elle est toujours contre ce mur bleu, jamais ne s’assoie, une sorte de « pauvre mais digne, je reste debout ».

A lui aussi j’ai donné un pseudo, il est toujours là avec un petit annimal qui n’a pas toujours de belles et grandes oreilles. Il prend grand soin de son lapin, il doit avoir une de ces ménageries à la maison le garçon. Chaque compagnon a droit à sa petite sortie. Lui aussi est charmant et discute gentiment si on le salue. Il ne boit pas une goutte, au travail en tous les cas ! Il fume une petite cigarette roulée et c’est tout.

Je ne l’ai pas vraiment rencontrée. Elle est très fermée, courbée, elle ne parle pas, murmure quelques mots incompréhensibles, a du mal a marcher. On la trouve toujours sur un pont de la Seine entre deux vues imprenables de beauté de Paris. La plus grande misère humaine côtoie des chefs d’oeuvres d’architecture…

Désiré, de son vrai nom, français, il a fait l’effort de mettre son chapeau de Père Noël ce jour là… Je l’ai photographié d’un clic, lui ai montré la photo… nous avons rigolé… avec son aile sur l’épaule… il a perdu l’autre sur la route de la vie ? Je n’ai pas osé lui demander ce qu’il faisait avant d’être un ange à une aile de Noël

Aujourd’hui c’est repos, demain, je les verrai tous et vous donnerai de leurs nouvelles….